

Pour sa 15ème édition, il s'est tenu du 27 mars au 3 avril 2000 au Gaumont Marignan des Champs Elysés.
Très peu connu car très peu médiatisé, ce festival est une aubaine en or pour les véritables amoureux du cinéma. Pour un prix défiant toute concurrence (50F la journée, 40F pour les moins de 25 ans), vous avez la possibilité de voir 4 à 5 films par jour, assister à des rencontres avec des scénaristes, des metteurs en scène et des comédiens, prendre des photos en toute liberté, compléter votre collection d'autographes, tout cela dans une ambiance détendue et chaleureuse...
Pour qui est habitué aux fastes de Cannes l'Institutionnelle, le décallage est saisissant. Et pour cause! Le Festival de Paris est, au fond, déstiné au public, tandis que celui de Cannes est tout à la gloire de la profession et des journalistes. La Déléguée Générale du Festival, Louisa Maurin, le souligne bien:
"nous avons à coeur de créer une passerelle permanente l'espace de cette semaine de printemps entre le public parisien, qui reste le plus cinéphile du monde, et les professionels du cinéma qui savent si bien le faire rêver."
Le succès de ce Festival, cependant, réside dans cette absence de faste et de paillettes. Le cinéma, c'est quand même autre chose que le tapis rouge et la montée des marches, c'est autre chose même que les stars et leurs caprices, le cinéma ce sont des histoires, des bouts de vie, des fragments d'émotions distillées généreusement aux spectateurs ravis.
Il est donc à souhaiter, paradoxalement, que le Festival de Paris ne fasse pas trop parler de lui, car l'espace est limité à l'intérieur du complexe cinématographique du Gaumont Marignan. Moins de 2000 personnes peuvent y entrer en même temps!
Notre envoyée spéciale, Chroma, s'est rendue sur place et nous raconte les 3 premiers jours de ce Festival (pour des causes indépendantes de sa volonté elle n'a pu couvrir la deuxième moitié de la semaine... la finance et les systèmes d'information ne sont pas étrangers à cette impossibilité).

Il est 9h30 tout juste. Devant le cinéma Gaumont Marignan, les organisateurs ont quelques problèmes techniques à régler. Un groupe d'élèves turbulents attendent devant les portes transparentes, des cinéphiles vigilants sont dispersés çi et là, le tout sous les yeux imperturbables de gardes du corps gigantesques. Le ciel est gris, le sol se constelle de gouttes, et nous apprenons que le film prévu à 9h30 dans la salle 2 (517 places) a dû être programmé en urgence dans la salle 6 (66 places...). Evidemment, s'agissant d'une séance dite "junior", les primaires et les collèges ont la priorité et... il ne reste plus de place pour voir La Vache et le Président. Qu'à cela ne tienne! Les uns partent en grommelant, les plus tenaces décident de rester près de l'entrée jusqu'à 11h, heure du prochain film. S'engage alors une conversation surréaliste entre 2 amateurs de photos (l'un a une épaisse chevelure noire, l'autre attache ses cheveux en arrière), une femme au large châle mauve et le garde du corps chargé de l'entrée. Celui-ci a froid, son nez est rouge, alors la discussion démarre sur les vêtements chauds qu'on doit porter en Russie, sur la constitution de certains qui fait qu'ils n'ont jamais froid, la dame de s'extasier, le photographe amateur chevelu de se rengorger et le gardien d'acquiescer gentiment. Blasés par ces propos vains, un étudiant est plongé dans American Psycho, à côté de lui, un jeune garçon feuillette distraitement un magazine (Studio). L'attente est longue, mais supportable, c'est bien d'être entouré de furieux amateurs de cinéma, prêts à tout pour entrer parmi les premiers dans la caverne d'Ali Baba!
Enfn, 11h00, les portes s'ouvrent, et muni de son pass le spectateur patient a le droit de pénétrer dans l'antre tant convoité. C'est à peine croyable: le choix est grand, un film hors compétition, appartenant à la sélection Jeune Cinéma Espagnol, Los Sin Nombre, ou bien L'Attrape-Rêve, dans la sélection Film Découverte, ou encore pour le Prix de la Presse, The Personals... Pour ceux qui préfèreraient un échange d'idées, ils peuvent se rendre en salle 4 pour rencontrer Gilles Tourand, scénariste de son état. Chroma a choisi, ce sera le film espagnol, Los Sin Nombre, de Jaume Balaguero... Ensuite elle enchaîne sur Ma Vie en Rose, présenté dans la série Coup de Chapeau, et suivi d'une rencontre avec Michèle Laroque. Enfin Chroma va voir Hotel Splendid qui concours pour le Prix Sheaffer du Public. A l'issue de la projection, chaque spectateur se doit de remplir un bulletin de vote ("J'ai beaucoup aimé", "j'ai aimé", etc.) et le glisser dans l'urne soigneusement mise en évidence par les organisateurs.
Après ce film à l'humoir très anglais est prévue une rencontre avec 3 jeunes espoirs français, Camille Japy, Eric Caravaca et Sacha Bourdo. Le ton est sympa, bien que Eric Caravaca soit un peu trop taciturne et n'ait pas un discours à la hauteur de ce merveilleux film de Dupeyron, C'est Quoi la Vie? Mais c'est tout de même génial d'avoir une telle proximité avec les acteurs. C'est régénérateur! Fatiguée et l'esprit plein d'images, Chroma s'en va se coucher et rêver aux lendemains...

Le marathon aux films se poursuit, plus intense que jamais. Chroma assiste d'abord à la projection d'un film israëlien en Compétition Officielle, Autour de Yana. Dans la salle, peu de monde, mais une personnalité de taille, Faye Dunaway, la présidente du Jury. Ensuite elle enchaîne avec un film iranien, Les Enfants du Ciel, une histoire belle et limpide comme de l'eau de roche, dans la section Prix Sheaffer du Public. Enfin elle voit en salle 6 (la fameuse petite salle aux 66 places) un film Découverte magnifique qui nous vient du Canada, Un 32 Août sur Terre.
Pour clore la journée, Emma de Caunes et Sylvie Verheyde se soumettent avec bonne grâce aux questions du public sous le charme.

Pour cette dernière journée de travail, Chroma assiste à une drôle de projection en salle 1, El Milagro de P.Tinto, un ovni dans le paysage cinématographique mondial, qui s'inscrit dans le cadre toujours du Jeune Cinéma Espagnol. Ensuite, c'est Portrait d'une Enfant Déchue, un film de Jerry Schatzberg datant de 1970 avec Faye Dunaway, qui rend hommage à cette actrice hors du commun. Ce même jour, on a pu apercevoir Michèle Morgan, assaillie de bras tendus et de fash crépitants.
Le Festival, c'est fini pour cette année. Au début, peu de gens sont au courant, les salles et les couloirs sont vides, c'est paradisiaque. A partir de jeudi, le monde a commencé à affluer, et c'était nettement moins sympa...