MAGNOLIA

Paul Thomas Anderson

2000

Avec Tom Cruise, Julianne Moore, William H. Macy, John C. Reilly…

Ce film est un véritable morceau de bravoure : tonique, consistant (il dure plus de 3 heures…) et follement ambitieux. Sans ambages disons le, Magnolia fait penser immanquablement à SHORT CUTS de Robert Altman. Même constat d'une Amérique désenchantée et malade, même galerie de personnages plus décalés les uns que les autres, même type d'élément perturbateur collectif à toute une ville (et pour le moins surprenant dans Magnolia… tremblement de terre contre pluie de grenouilles !). Mais il ne s'agit pas simplement d'une pâle copie. Car la mise en scène de ce jeune réalisateur de 29 ans est alerte, bouillonnante, riche d'idées et d'énergie. Au final on ressort un peu sous le choc de ce travail colossal, de cette œuvre gigantesque qui fait l'effet d'un vigoureux coup de poing ; la littérature a ses HOMMES DE BONNE VOLONTE, désormais le cinéma a son MAGNOLIA. Un fragment de la vie de plusieurs habitants d'une même ville Californienne qui assemblés les uns avec les autres forment une unité assez extraordinaire. Un gourou du sexe (avec des scènes qui sont vraiment drôles), deux vieux messieurs à l'article de la mort, une épouse bientôt veuve qui pleure sur le sort de l'homme qu'elle a épousé sans amour qu'elle aime désormais, un enfant génial en quête d'affection, un ancien génie frappé par la foudre puis par la solitude, un policier gentil et naïf qui tombe amoureux d'une junkie, un petit rappeur curieux, un aide-soignant attentif et sensible… Voilà ceux qu'on croise dans Magnolia, qu'on ne se lasse pas d'observer tour à tour, au gré de la musique et des transitions stylisées (par exemple, une chanson que tous les personnages chantent en même temps… y compris les mourants !). Les acteurs sont tous excellents, notamment Julianne Moore et son mémorable numéro d'hystérique dans la pharmacie ! Par sa durée, par son absence délibérée d'histoire et son incongruité (les 3 coïncidences relevées par le mystérieux narrateur, évoquées au début et à la fin du film, dont le formidable suicide raté transformé en meurtre par l'effet du hasard le plus fou… !) Magnolia peut rebuter ou agacer, mais quiconque se laisse embarquer en ressort abasourdi, chancelant et impressionné par une telle démonstration de force.

Note : 17/20.